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Hossein Dowlatabadi

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Lancement de « Station Bastille » à Paris : Sept nouvelles d’exil, de douleur et de résistance

Posted on 16 mars 202616 mars 2026 By حسین دولت‌آبادی

Aziz Nesin est un célèbre écrivain satirique turc dont les œuvres ont été traduites en plus de trente langues. Sa nouvelle « Devoir patriotique ! » a remporté en 1966 le prix du « Hérisson d’or ». Ce prix international d’humour, décerné en Bulgarie, est attribué à des écrivains et humoristes de premier plan.

Dans cette histoire, l’auteur, à travers l’humour, l’exagération et des situations paradoxales, met en lumière les faiblesses et les problèmes du système administratif et social de la Turquie. Le récit constitue une critique de la bureaucratie et de l’abus des slogans patriotiques qui, dans la pratique, conduisent à la confusion et à des pressions sur la population.

À l’époque, la nouvelle de l’attribution de ce prix à Aziz Nesin fut relayée par tous les médias du monde — sauf en Turquie, dans le pays natal de l’écrivain. Après son retour au pays, l’auteur raconta une anecdote de Nasreddin Hodja et informa lui-même le public qu’il avait remporté le prix du Hérisson d’or. Avec un humour mordant, il ajouta : « Dans notre pays, le pauvre et le malheureux annonce lui-même la nouvelle de sa propre mort. »

Pour être franc, je n’ai pas remporté de prix, mais il m’est arrivé à plusieurs reprises d’annoncer moi-même « la nouvelle de ma mort » à mes amis, à mes proches et aux amateurs d’art et de littérature. Parmi ces annonces figurait celle de la publication et de la soirée de lancement de la traduction de « La Station Bastille », organisée à Paris par les éditions L’Harmattan.

Ce recueil de nouvelles a été publié au début de la nouvelle année. Ata Ayni, en consultation et en accord avec le traducteur et l’auteur, avait fixé la soirée de présentation du livre au 14 mars 2026, quelques jours avant le début de la guerre et de l’agression des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. L’événement fut annoncé au public par courriel et par divers moyens du monde virtuel.

Entre-temps, malheureusement, la guerre et l’agression ont éclaté, et la présentation du livre s’est retrouvée coïncider avec les nouvelles terrifiantes de la catastrophe. Il n’y avait plus de solution : nous étions placés devant un fait accompli. Nous avons donc commencé le programme avec une profonde tristesse et la gorge serrée, en mémoire des enfants innocents de l’école de Minab, tués par des missiles « humanitaires » américains, et en mémoire de toutes les personnes qui ont perdu la vie sous les décombres et les ruines provoqués par les bombes israéliennes. Nous avons demandé une minute de silence.

Cependant, dès que j’ai commencé la courte phrase demandant cette minute de silence, ma voix s’est brisée ; mes yeux se sont remplis de larmes à plusieurs reprises et, jusqu’à la fin du programme, je n’ai pas réussi à maîtriser l’irruption de mes émotions. Chaque fois que le sanglot me serrait la gorge, les mots devenaient flous et tremblants derrière le cristal de mes larmes.

Je n’ai pas réussi : je n’ai pas pu lire jusqu’au bout tout le texte que j’avais préparé en français pour cette occasion. Je l’ai laissé inachevé…

Le texte complet en français est présenté ci-dessous.


Je vous invite à observer une minute de silence à la mémoire des enfants innocents de l’école de Minab, tués par des missiles américains, ainsi que de toutes les personnes qui ont péri sous les décombres dans cette guerre catastrophique et dévastatrice.

Ce livre se compose de sept histoires courtes. « nouvelles » short storiHaut du formulaire.Bas du formulaire

C’est involontairement que j’ai publié sept récits dans ce livre. Plus tard, j’ai compris que la culture iranienne avait influencé ce choix. Dans la tradition zoroastrienne et la culture iranienne, le chiffre sept occupe une place importante : les sept Amesha Spenta, la table des sept « Sîn » (Haft-Sîn) de Norouz, et les sept épreuves de Rostam dans le Shahnameh de Ferdowsi. Ces récits ont été écrits durant les premières années de mon exil. Chacun raconte la vie de certaines personnes, mais chacun a aussi sa propre histoire, en lien avec les circonstances dans lesquelles je les ai écrits. J’en laisse l’interprétation aux lecteurs. Ce soir, j’en parlerai simplement et brièvement, en donnant le pourquoi et le comment de leur écriture.

Le faire-part

Avant toute chose, permettez-moi de vous dire que mes œuvres sont étroitement liées à l’époque que j’ai vécue. Elles ont été profondément marquées par ma propre vie, et on peut en retrouver les traces dans tous mes écrits. Je suis né dans une famille de paysans. Pendant mon enfance, j’ai fait tous les travaux qu’un enfant de paysan peut faire, y compris le travail dans les potagers et les champs de melon et de pastèques. Je connais donc bien la vie difficile des habitants pauvres des villages aux portes du désert. « Āfāq », que les traducteurs ont appelé Le faire-part, est inspiré de mes souvenirs d’enfance, à l’époque où, enfant, je gardais les champs de melons et de pastèques dans la plaine. Cependant, ces souvenirs prennent forme à travers l’histoire d’une vieille femme dont le fils a été envoyé au front. L’histoire se déroule en l’espace d’un jour et d’une nuit ; en même temps, par des retours en arrière, elle retrace la vie d’Āfāq, de son mari et de leur enfant. J’ai écrit cette histoire une première fois en Iran ; des années plus tard, je l’ai retravaillée et terminée en exil.

La gitane

La deuxième histoire, « La paonne », que les traducteurs ont appelée La gitane, parle des premières années de ma migration du village vers la ville et de ma découverte du monde du travail et des employeurs. Cette histoire montre comment une jeune fille gitane immature qui tombe amoureuse d’un ouvrier peintre et envisage de s’enfuir avec lui. J’ai commencé à l’écrire en Iran et je l’ai terminée en exil. Même si le récit se déroule en prison, il s’inspire de mes expériences sur les chantiers et dans la prison militaire. Après avoir été torturé et maltraité, un ouvrier peintre en bâtiment, ensanglanté et sale, est jeté dans une cellule d’isolement. L’histoire avance peu à peu à travers les questions répétées d’un gardien, tandis que le prisonnier garde le silence. Bien qu’il ne réponde pas, les questions posées par le gardien renvoient à chaque fois le prisonnier à un proche passé et les événements lui reviennent par bribes, ils refont surface dans la mémoire.

Une oreille attentive

L’histoire « Hamzabân », que les traducteurs ont intitulée en français Une oreille attentive, remonte aussi à l’époque où je travaillais comme ouvrier. Un jour, sur la route entre Karaj et Téhéran, j’ai rencontré un jeune homme de ma région qui s’était enfui d’un camp de travail. Il n’avait pas d’argent pour acheter un billet de car???. Je lui en ai donc acheté un. Pendant le voyage, j’ai écouté l’histoire de sa vie. Le narrateur est un jeune homme effrayé, à l’esprit troublé, qui raconte son histoire de manière fragmentée et sans logique. Il raconte son arrivée dans la capitale, ses recherches d’emploi et l’existence pénible qu’il a menée dans le camp de travail. Plus tard, lorsque je suis devenu enseignant à Shahriar, j’ai écrit une première version de ce récit. Puis, en exil, je l’ai retravaillé et réécrit.

Le dernier voyage

Le dernier voyage a lieu dans l’imagination de l’écrivain après avoir entendu la nouvelle du meurtre de son ami commis par le gouvernement. En réalité, il se souvient de son dernier voyage en Iran, dans la province de son ami, et y pense pendant la nuit dans le quartier de la Bastille. L’histoire est également une expérience personnelle, née de mes observations dans les villages situés aux confins du désert. Pour la dernière fois, j’ai voyagé avec mon ami et collègue — peintre en bâtiment — jusqu’à son village, dans la province de Qom, pour rencontrer sa fiancée et faire une promenade d’agrément dans la région. Au cours de ce voyage, j’ai rencontré un petit garçon qui nettoyait un qanat, ce qui me rappelait ma propre enfance. Ce récit évoque la vie des jeunes filles tisserandes de tapis, dont la fiancée de mon ami, ainsi que celle de ce garçon orphelin vivant avec sa grand-mère, issue des derniers vestiges de la tribu des Shahsevan.

Une nuit

L’histoire « Une nuit » est née de mes expériences à Ankara. Après avoir fui l’Iran, j’y ai attendu mon visa pendant deux mois et quelques jours, dans l’incertitude et l’attente. Pendant ce temps, j’ai rencontré de nombreux Iraniens contraints à l’exil, parmi lesquels un maire en fuite, accompagné de son épouse et de leurs deux jeunes enfants, tous perdus dans ce monde étranger. Le récit suit les pas de l’auteur et du maire au cours d’une seule nuit. À travers leurs déambulations et les événements qu’ils vivent, se dessine la vie dramatique de cette petite famille. Mais le texte évoque aussi, en filigrane, tous les exilés iraniens et les voyageurs anonymes de l’hôtel bon marché, chacun avec son histoire faite de fuite, d’attente et de solitude. J’ai écrit ce récit pour la première fois à Ankara, puis je l’ai réécrit plus tard en exil.

Les Branches brisées

À l’époque où j’étais réfugié, les demandeurs d’asile étaient accueillis dans des foyers pour travailleurs. J’ai vécu cette expérience à deux reprises : d’abord au foyer de Bagneux, seul, dans l’attente de ma famille ; puis au foyer de Miribel, près de Lyon, où j’ai partagé neuf mois de ma vie avec mon épouse et nos trois jeunes enfants. Les Branches brisées raconte la vie de ces réfugiés venus de tous les coins du monde vers la France. Mais ce récit n’est pas seulement celui des autres : il reflète aussi ma propre existence et celle de ma famille, nos espoirs, nos peurs et nos moments partagés. Toutes ces histoires, tous ces visages, ces instants de vie et de solitude, tissent la trame vivante de ce récit. À travers eux, le lecteur peut sentir le poids de l’exil, mais aussi la force fragile et tenace qui pousse chacun à continuer malgré tout.

Station Bastille

Station Bastille, qui est aussi le titre du livre, m’est venu à l’esprit à une époque où je nourrissais le désir de retourner en Iran, mais où je me sentais comme emprisonné à la Bastille, incapable de rentrer. Ce sentiment m’a conduit à écrire cette histoire. Dans ce récit, seuls les sentiments et les émotions d’un exilé m’appartiennent réellement et ont inspiré la trame de l’histoire. Station Bastille raconte le destin d’un homme et d’une femme iraniens. L’homme est un intellectuel banal, inachevé, un poète raté et dévoyé ; la femme est employée de maison auprès d’une vieille dame française. L’intrigue se déroule dans une maison située près de la station de métro Bastille. À cet égard, le titre possède un double sens. Il évoque d’abord le lieu concret, la station de métro Bastille à Paris, où une partie de l’histoire se déroule et où les vies des personnages se croisent. Mais il symbolise également la prison intérieure de l’exilé, le sentiment d’être retenu loin de sa patrie, coincé entre mémoire et désir, passé et présent, liberté et confinement. Ainsi, Station Bastille devient à la fois un lieu réel et un espace mental, reflet de l’isolement et des tourments de ceux qui vivent loin de chez eux.

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